Archives de la catégorie ‘Désordre’

4. 5.

Publié: 18/08/2013 dans Désordre
Silvia Grav

Silvia Grav

 

4.

— J’aime t’écouter, je vous écoute et je suis soudain si proche de vous (toi) de ton récit de ces phrases que tu démets et dont les mots épargnés se suspendent à des cordes de secours s’agitent s’entrechoquent carillonnent alors comme sur un tract.

Tu as des répercussions sur moi. Un fort retentissement, je ne sais pas si tu… l’entends ? Nous sommes déjà très loin, parties par-delà les cloisons de ce bureau de poste ; je crois.

Si loin déjà ensemble qu’il me semble que nous n’attendons pas d’intrigue.

« Nous » est un socle à coordonnées géographiques, une zone de tournage pour deux actrices d’instinct.
Le synopsis : poète accidenté cherche fille sensuelle et tourmentée à même d’endiguer le désordre présent.

 

 

 

Silvia Grav

Silvia Grav

 

5.

– Je t’aime. Mais tu m’effraies.
Non !
Tu m’effraies, mais je t’aime.
Tu es comme moi dans le miroir. Silhouette cassante, yeux vaporeux, mains réticentes, sourire sexuel, récidiviste.
Tu es comme moi dans la baignoire. Tu commets, tu te dissimules, une main passe gantée éponger l’ennui, savonner l’oubli et te revoilà qui recommets.
Tu es comme moi dans l’amour. Un cliché technicolor. Un préjugé infaillible. Une terre jamais inféodée.
Je ne suis la conquête que de moi-même. Et ainsi vas-tu.

 

 

 

En collaboration avec : http://nuit-bleue.over-blog.com/

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3. Sous les pavés

Publié: 09/02/2013 dans Désordre
  • Sous les pavés, l’amer.  (Monologue)


— Dans mon rêve d’hier, il y avait le rêve d’il y a un mois.
Dans mon rêve d’il y a un mois, il y avait le rêve d’il y a un an.
Dans mon rêve d’il y a un an, il y avait des yeux grand ouverts sur mes treize ans téméraires et mes vingt ans révoltés.
Dans mon rêve de demain, il y aura mon cauchemar d’aujourd’hui, et tout le reste.
J’ai la berlue des grandeurs qui pratique dans mon âme schizogone des infanticides à bout portant.
… et tout le reste.

 

  • Sous les pavés, la mer.  (Monologue)

— J’aime t’écouter, je vous écoute et je suis soudain si proche de vous (toi) de ton récit de ces phrases que tu démets et dont les mots épargnés se suspendent à des cordes de secours s’agitent s’entrechoquent carillonnent alors comme sur un tract.
Tu as des répercussions sur moi. Un fort retentissement, je ne sais pas si tu… l’entends ? Nous sommes déjà très loin, parties par-delà les cloisons de ce bureau de poste ; je crois.
Si loin déjà ensemble qu’il me semble que nous n’attendons pas d’intrigue.
« Nous » est un socle à coordonnées géographiques, une zone de tournage pour deux actrices d’instinct.
Le synopsis : poète accidenté cherche fille sensuelle et tourmentée à même d’endiguer le désordre présent.

 

 

En collaboration avec : http://nuit-bleue.over-blog.com/

Peintures par : Audrey Kawasaki.

2. Déraisons légères

Publié: 12/01/2013 dans Désordre
Photo par Nikolay Tikhomirov

Photo par Nikolay Tikhomirov

 

— Je l’aime un souffle sur deux, un jour sur deux.

— Et que fais-tu des seconds de chaque souffle et jour ?

— Ils se distillent en imprécations ; effets spéciaux sur un théâtre de charmes et de brumes.

— Les imprécations sont retournables. Fais-le t’aimer onze lunes sur douze et un soleil chaque matin.
… ainsi, seront imprécatoires une lune l’année et tous les cieux sans soleil.

— Imagine les jours où le soleil répand sur les cœurs la même désolation qu’un incendie souverain.
Comme quand on ajoute de l’eau à une vinaigrette pour qu’elle soit plus légère, dans mon coin, sur la nuit, je confectionne des miscellanées de rire et de mélancolie.

— Il suffit, peut-être, d’avoir l’émotion pyromane et de contourner les langues de fe spleenesques et par trop compliquées de ceux qui se cachent dans le jour comme dans la nuit.

1. Voilà le soleil d’Alger

Publié: 21/12/2012 dans Désordre

[Ceci est l’enfant, encore en gestation, généré suite à un coup de foudre dans une nuit bleue.]

 

Voilà le soleil d’Alger – Tedj Deramchi.

Voilà le soleil d’Alger – Tedj Deramchi.

 

— C’est un ciel d’avril…

— Demain ce sera un ciel de mai, puis un soleil de juin puis une pluie de décembre. Et puis le ciel d’avril, encore une fois…

— Mademoiselle, vous avez de beaux yeux.
Ça change de tous ces regards pénombre qui s’donnent pas la peine de l’éclaircie même sous l’bleu fluo du dôme.
Alger brille toujours après la pluie.

— Vous trouverez ça drôle, mais j’ai toujours eu ces deux secondes de confusion avant de dire merci. Non que ça m’embarrasse, mais c’est comme si je m’attends à ce que ce qui est complimenté réponde par lui-même.
Mes yeux, en l’occurrence.
… et merci !

— Ils ont répondu bien avant vous…
Mais je vous en prie.
Il y a trop de splendeurs affligées dessous des bouches circonspectes.

—… dessous les yeux qui ne brillent pas après les larmes, aussi.
Alger a changé. Quand on la quitte, elle nous arrache un pan de l’âme puis nous laisse partir. Quand on y revient, elle nous en arrache un autre.
Des tickets de cinéma qu’elle enfonce dans sa poche blanche avant de nous regarder jouer, ou pas, notre rôle…

— Combien d’échancrures ravageuses dessous ses ombrages effarouchés ?
Une ville-préambule où se tressent les brimbalements d’enfances déchaînées sur des comptines insouciantes.

— Beaucoup, j’imagine.
C’est une ville qui vous habite et toutes ses échancrures avec. Certains les soignent, d’autres remuent les doigts dans les plaies.
Et vous ?

— Moi, je ne sais pas.

Elle est : peinturlurée de désirs, d’envies, de caprices, de soifs, confinés comme des confiseries dedans des paquets glacés. Naïade à demi nue abîmée sous un ciel cartonné. Débitée en banlieues béton zébrées de détresses en abribus, d’abribus en concerts de circonstances qui te roulent ; coule sur ses plates-bandes une consternation qui étincèle.

Elle est menaçante pas lassante.