Alger la Brune

Publié: 01/01/2014 dans Uncategorized

J’aime Alger.
Je l’ai dans le sang et dans la salive.
Comme un arrière-goût d’inachevé, comme un avant-goût de métamorphose.
J’aime Alger et les murs d’Alger et les garçons d’Alger et l’idée d’Alger.
Alger est ma ville-mère. Ma mère-déesse. Ma déesse déchue.
Quand je suis à Alger j’ai une émotion œdipienne. Un jour j’irai l’épouser et ce sera mon seul mariage d’amour.

Alger m’effraie. L’idée de m’y perdre me grise et je la tente : je suis une fille de joie dans les rues d’Alger, et Alger se paie ma gueule et mon cœur.
Mais je ne suis pas une régulière.

Je n’aime pas le français algérois.
Mais Alger est arrogante. Je la prends avec des pincettes et elle me prend contre les murs et m’engrosse de son accent bourgeois en slow-motion des feuilletons ratés du Ramadan.

J’ai construit un mythe sur les femmes qui fument et je l’ai détruit dans un café d’Alger.
Il y a ce mythe, aussi, de la femme-enfant, ce cliché de la fatalité, de l’innocence, du rouge sur les lèvres, de la folie dans les yeux et que j’ai restauré dans un café d’Alger.
Le même café moins le rouge sur les lèvres plus le rouge sur la joue.

Je prends Alger pour une femme et je prends une femme pour Alger.

Il y a cette délicieuse confusion entre la ville-femme qui me séduit et la femme-ville que je séduis. Ce fantasme unique, cet amour insensé, et une terrible jalousie, terrible et infirme, de tout et de tous, de la chose et de l’être, de ce qui a un regard dans la ville et un regard sur la femme.
Mais je ne suis pas une régulière.

Je pratique dans les artères d’Alger une sorte de territorialisation, comme Alger pratique dans mes artères une sorte d’ahurissement.
Alger est une maladie, un mal nécessaire, une folie ordinaire, un péché capital.

Alger, c’est elle.

Et je ne sais pas faire.

Quand je dis mes amis à Alger ce n’est pas comme quand je dis mes amis ailleurs.
Ça sonne amants, ça sonne parisien, ou ça ne sonne pas du tout.
J’ai un cœur adolescent et des envies de cougar.

Dans un salon de thé à Alger j’ai pris du temps pour remarquer un garçon qui lisait seul le dos face à tous.
Je voulais n’avoir d’yeux que pour elle mais elle a disparu derrière une pensée spleenesque qui m’a éborgnée et, un seul œil, c’est très peu pour elle.

Car Alger ne se contemple pas du bout des yeux. Alger exige mes quelques décimètres carrés de peau et de pores étendus sous son corps translucide et ardent, Alger a sa période de moi, Alger flotte sur ma peau qui flotte sur mon sang qui mugit dans mes tempes et recrache.

Alger est une pensée brune.

Dans ma tête l’ambiance de Poupée Bella me fait rêver en traversant une étroite ruelle dépeuplée d’un long baiser nocturne dont on ne parlera pas.

Comme moi, Alger ne sait pas dire au-revoir et c’est un arrachement.

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