Algerian History X .4

Publié: 23/08/2013 dans Algerian History X

Elle décida de rentrer à pied.
C’était surtout pour passer par la Boulangerie Du Peuple, retenir son souffle deux mètres avant de l’atteindre puis prendre une grande bouffée de pain fumant qui venait tout juste de sortir du four.
Elle aimait le gars qui y travaillait, elle aimait quand il souriait de dessous sa moustache en brosse en lui choisissant des baguettes pas trop brulées, elle aimait qu’on n’y vende que du pain et elle aimait que la boutique soit assez grande pour ne souffrir que cent baguettes et quelques dizaines de clients par heure.

Son fantasme boulanger s’envola quand elle s’approcha de l’arrêt de bus et vit celui-ci ralentir doucement pour s’arrêter à quelques mètres d’elle. Elle essaya de l’ignorer, elle l’ignora, elle le regarda de nouveau et vit le receveur (elle ne s’est jamais demandée pourquoi appelle-t-on un receveur un receveur jusqu’aujourd’hui), penché sur le seuil de la porte ouverte qui la reluquait avec des yeux mi-interrogateurs, mi-clos.
Il y a d’ces bus racoleurs qui aiment qu’on les prenne à petit prix, en groupe, un gang bang odorant, qui n’aiment pas qu’on fasse attention à notre ligne et qui nous font difficilement venir, entre un dos-d’âne et un cassis.
Il y a aussi cette règle qui fait que si l’on regarde le receveur d’un bus un certain temps les yeux dans les yeux tandis que l’on s’en approche, il saisira le signal et demandera au conducteur de patienter le temps que l’on l’atteigne. N.,dans sa réflexion sémantique, dépassa le temps seuil du signal et, entre l’embarras et la contrainte, grimpa maladroitement les deux marches du bus déjà en marche quand le receveur brailla : « Haya madame ! »

Quinze minutes plus tard, son bras douloureux à force de s’accrocher à la barre au-dessus de sa tête, les commissures de ses lèvres meurtries à force de se retenir de sourire à un bébé dégoulinant de tendresse en face d’elle, elle entendit avec soulagement le receveur demander s’il y avait des gens descendant aux M’hafer.
« Kayen oui ! »
Le receveur continua à scruter les visages des passagers sans lui prêter attention.
« Rouh, makanech. »
N. était hors d’elle. Elle savait qu’il faisait ça pour la taquiner, elle savait qu’il allait lui sourire et qu’elle devait sourire en retour pour achever la cascade des signaux conventionnels leur assurant à tous deux une compréhension identique des faits. Elle savait également que son sourire, pourtant conforme à la loi morale, était condamnable du fait qu’il découle d’une tendance à s’épargner trop de mots vains et non d’un respect du devoir moral. Kant jugerait son acte pathologique et elle aimait trop Kant pour se permettre de l’imaginer se retourner dans sa tombe à cause de tout cela.
Elle émergea de sa nouvelle réflexion bidon quand le receveur fit tinter une pièce contre la vitre de la fenêtre puis la regarda en souriant avec toutes ses dents, si toutes était, avec les quelques dents qu’il lui restait, un mot adéquat.
Alors elle pensa « Fuck Kant » et lui rendit son sourire et imagina qu’il lui poussait de nouvelles dents de bonheur.

En insérant la clé dans la serrure de la porte, N. se rappela que ma remarque concernant le bébé dégoulinant de tendresse (de mignonneté, allais-je dire, mais elle refuserait catégoriquement que Larousse puisse se retourner dans sa tombe suite à ça), ma remarque donc était inutile dans la mesure où elle n’a pas été pas commentée.
N. savait, et non, elle ne savait pas tout, elle savait seulement qu’il y a des hommes qui produisent une grande quantité de bave quand une fille montre beaucoup d’intérêt aux enfants. Elle ne voulait pas être une lapine, enfin, peut être dans un monde parallèle, chez Playboy, mais pas maintenant. Non.
Et le bébé, il était dans le giron d’un garçon trop jeune pour être son père, pas assez jeune pour ne pas s’intéresser à elle.
Elle pensa qu’elle était érotomane et moi aussi.
Alors elle pensa qu’elle s’en foutait.

[Mais aussi sur : Oxymore. Xoxo.]

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commentaires
  1. minou dit :

    Mais personne n’appelle le mec qui travaille dans le bus un « serveur », t’es débilé ou quoi ? c’est un receveur, tout le monde l’appelle receveur ou bien pour ceux qui ne savent pas bien prononcer le français « un roue-de-seveur » comme « roue-de-secours », on voit bien que tu n’a jamais pris le bus de ta vie, toujours à la banquette arrière de la voiture de Papa,

    • Filoselle dit :

      Du calme coco. Ce fut un lapsus et c’est corrigé maintenant.

      Mais faudra m’expliquer ce qu’est un « roue-de-seveur ». Qui n’est en rien comme « roue-de-secours ». Ça serait « débile » sinon. Tu ne trouves pas ?

      • minou dit :

        Ben oué « Roue-de-secours » n’a rien avoir avec « roue-de-seveur ». Mais y’a plein de kavé qui lorsqu’ils prononcent le mot « receveur », ils le prononcent comme ça « roue-de-seveur » (leur langue n’a pas été conditionné pour prononcer correctement le « e »), alors les gens ont commencé à utilisé « roue-de-seveur » et c’est entrée dans la culture populaire au lieu de receveur. Même si ça ne veux rien dire, c’est facile à prononcer et perso je trouve que ça crash comme expression.

        Sur ce, bonne journée.

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