Algerian History X .1

Publié: 22/08/2013 dans Algerian History X

Avec son décolleté et ses cheveux à la garçonne, elle savait qu’elle ne pouvait se permettre un collier et des boucles d’oreille à la fois. C’était esthétiquement incorrect.
A moins que ça ne soit très petit. Mais vraiment petit.
Elle laissa tomber son décolleté et enfila un pull qui dégageait légèrement sa gorge mais beaucoup ses épaules.
Et préféra les grandes boucles d’oreille.
Mais les grandes boucles, c’est franchement moyen. Aucune grâce.
Elle glissa une main décidée dans le fond du tiroir et en extirpa  une paire de boucles qui n’avaient rien de bouclé. Ça ressemblait drôlement à ces ornements tout en soie qu’on accrochait aux cache-rideaux : groupe de fils torsadés enchâssés dans une cupule dorée et pendant inlassablement d’un crochet ici et là.
De ses lobes tout laiteux, en l’occurrence.
Lourds et droits, arrogants et carmins, les fils se mouvaient en parallèle l’un de l’autre et jetaient sur les creux symétriques de sa gorge des ombres aguichantes et volages.
Leurs extrémités inférieures lui arrivaient au ras de la naissance des épaules, et elle penchait systématiquement la tête, les faisant frôler dans un agréable chatouillement sa peau dénudée.

N. s’assura qu’elle avait de la monnaie pour le bus et la mit dans sa poche. Plus accessible ça serait, moins de mouvements et de gène cela causerait.
Elle jeta un dernier coup d’œil à son reflet dans le miroir et se rappela, un sourire à l’occasion, qu’il aimait qu’elle se trouve jolie et ne s’en couvre pas.
Elle regarda sa montre, marqua une petite hésitation puis se connecta à Facebook via son téléphone, alla à son profil, s’attarda sur un message équivoque qu’une fille avait publié la veille sur son mur puis tapa son message.
« Milord, ma peau a besoin de prendre en urgence quelques couleurs. »
Elle éprouvait une jalousie couplée à une excitation malsaine quand elle tombait sur des publications féminines sur son mur. Elle se retenait avec peine, mais il lui arrivait de succomber et de faire défiler pendant des heures son journal, remontant à de très anciens statuts et chansons, lui en voulant pour de très anciennes amours puis le pardonnant en deux temps trois mouvements quatre mots tendres, le tout sans qu’il n’en sache rien.
« Milady veut-elle bien que je commence par Jihad ? »
Jihad, c’était son épaule droite.
Ça la frustrait qu’il réponde du tac-au-tac. Elle aimait sortir, trainer, se consumer dans l’attente et revenir haletante apaiser sa soif au bord de son inbox.
 » 🙂
Vais chez l’couturier. Il doit reprendre mes mesures, j’ai grossi. »
Silence.
« Je te mangerai. »
« Ouh ! »
Lança-t-elle en quittant l’application.

N. prit soin de bien effacer son sourire avant de mettre un pied dehors.

 

 

[ Mais aussi sur : Oxymore. Xoxo.]

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