I. Lettre à celui qui

Publié: 17/09/2012 dans Lettre à celui qui.

Cher ami,

Je ne sais pas d’où tu viens, ni où comptes-tu aller. Nos doutes se croiseront dans une ruelle à contre-jour et tu joueras le guide salutaire pour moi.
Tu ne détiendras pas une Carte du Tendre et je ne te payerai qu’en nature.
Je ne sais pas quelles langues parles-tu. Evidemment, il faut bien qu’on en ait une en commun. Pas celle des yeux, non. Pas celle du corps non plus. Celles-ci sont individuelles et mutuellement exclusives des autres langues parlées.
Tu me diras les mots comme ils viennent, inindustrialisés, même pas désindustrialisés. Je te dirai des choses belles et douces et polies. Comme les touches d’un piano. Un piano sans étouffoir.
Je promets n’avoir des propos prosaïques qu’aux termes de notre concupiscence verbale.
Notre.
Donc mienne et tienne.
Une éducation sentimentale classique voudrait que je dise tienne d’abord mais je pense je et voudrai que tu fasses de même et ne penses nous qu’aux termes de nos concupiscences partagées et respectives. Egalement.
Classique : 1. Qui est un modèle du genre. 2. Qui est conforme à l’usage. 3. Qui ne surprend pas. Larousse.
Tu comprends que nous ne pouvons, ne voulons, être classiques.
Nous, vois-tu, sommes exceptionnellement ex aequo dans l’absolu miroité l’un dans l’autre.
Je ne sais pas la taille de ton âme, la masse de ton être, la densité de ton esprit, les dimensions de ton intellect et le volume de tes émotions. Je sais encore moins le tour de tes hanches, le retour sur toi-même, les reliefs de ta figure de rhétorique, de ta figure de style, de ta figure de tous les jours, l’austérité de ta carrure, le tempérament de tes mains et la géométrie de ton sourire.
Retour sur soi-même : effort de sincérité dans l’examen de sa conduite et de sa vie passée. Larousse.
Je ne sais pas ta vie passée. Ne voudrai pas savoir.
Du reste, tu feras l’effort et tu feras la sincérité. Je me chargerai de l’examen de ma conduite à la lumière de la tienne sur fond sonore français (Ferré, avant de te connaitre) durant les cessations temporaires de tes activités de guide. Rien de très sérieux.
Je ferai preuve de tolérance dans la mesure de mon humanité, d’équité dans la mesure de mon appellation quand tu purgeras ta contumace pour provocations affectives violentes volontaires et préméditées.
La règle Non bis in idem est non applicable. Tu es débiteur à vie d’excuses sous forme de « Allô bonjour nous allons bien c’est le pied merci bonne journée au revoir » au réveil et au coucher. Mes parents apprécieront. Je rigolerai.
Je ne sais pas quel est ton genre musical de prédilection. Si, sur cent chanteurs et chanteuses et groupes et compositeurs nous en avons au moins quarante-et-un en commun, je t’épouserai.
Je ne sais pas quel est ton genre cinématographique de prédilection. Si, sur cent films et réalisateurs et producteurs et acteurs et actrices il y a Borderline, je t’épouserai.
Je t’épouserai aussi si tu ne l’as pas regardé parce que tu m’aimeras bien sans mais tu m’aimeras mieux avec alors regarde-le.
Je suis sans frontières.
C’est ce que ma psy m’a dit.
J’ai un problème de limites.
J’fais pas d’différence entre l’extérieur et l’intérieur.
C’est à cause de ma peau qui est à l’envers.
C’est à cause de mes nerfs qui sont à fleur de peau.
Tout le monde peut voir à l’intérieur de moi j’ai l’impression.
J’suis transparente.
D’ailleurs, j’suis tellement  transparente qu’il faut que j’cris pour qu’on m’voit. 
Tu écouteras la chanson du générique du début puis, de 1 :02 :50 à 1 :03 :07, puis de 01 :06 :00 à 1 :07 :16, puis de 1 :09 :45 à 1 :11 :53.
Puis le « Non ? Non.» au 1 :19 :54.
Puis la scène du clown à la fin avec les larmes les sourires la peinture toi rejoint après la rupture et la chanson oui je le veux. Aussi.

Je t’embrasse.
(Je n’sais pas comment on clôt une
lettre ouverte avec suite exigeante et vue sur
âme).

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commentaires
  1. L. dit :

    Une question d’envers et d’endroit.
    De langage et d’intensité.

    J’aime le grésillement des radios déréglées.

  2. Balai37 dit :

    Ch’7al twa7echt tes écrits! Je vais pleurer de joie *___*
    Et comme d’hab, j’aime et j’admire ❤
    Et j'espère que tu ne vas pas abandonner le blog après ça, hein!

  3. Sou dit :

    C’est la première fois que je viens sur ce blog, cet écrit m’a profondément touché, de différentes manières… Merci pour ce bel écrit ! et bonne continuation !

  4. Filoselle dit :

    Merci à vous toutes. Pour le passage et les mots 🙂

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