VII

Publié: 17/08/2011 dans Abecedarium

Norah,
Joyeux anniversaire.
Je t’embrasse.
J’ai passé ces derniers jours à penser au cadeau parfait que j’aurai voulu t’offrir. J’ai renoncé, plus par lassitude que parce que tu n’es pas là.
Tout ce qui renvoie à tes yeux-miel, à ta bouche-tomate, à tes cheveux-chocolat, à ta peau-pêche, m’use jusqu’à la dépression.
Ah, ta peau.
Et tu arrives à survivre sans moi.
J’enrage.
Je suis à W. ; à l’entrée de la ville, un panneau publicitaire touristique avec, en dessus, en grosses lettres rouges sur fond blanc : W. vous souhaite la bienvenue.
C’est con. Une ville ne peut pas souhaiter la bienvenue aux visiteurs, ni aux revenants. Et je m’en fous si, par ville, on entend ses habitants. Jamais les habitants d’une quelconque ville n’ont fait cas de la visite d’un lambda.
Je prends un café sans sucre, je prends sur moi mon égoïsme et ma conscience tardive et bouffie des choses de ton monde, je prends la vie comme elle s’offre : sans toi.
W. est grande, poussiéreuse, avec des alcooliques un peu partout. Des âmes égarées errent au gré du temps, les mains tendues en avant, comme des armes blasphématoires qui s’élèvent contre la fatalité d’une contrefaçon mondaine arbitrairement endurée. Je rejoins le tourbillon, m’égare un peu et tends les mains vers et contre un fantôme aux arrière-fonds nus et glaciaux, et je ne sais lequel de nous deux est le chasseur, lequel est le chassé.
Je tourne en rond. Un courant de chair vivante m’entraine et je me sens étranger, étrange, comme un bout de métal plaqué-humain rongé par la rouille de la culpabilité. L’amertume me reprend et je me rue dans le premier salon de thé qui s’offre à mon regard, m’écroule sur une banquette dans un coin discret ; la boiserie vieille et fatiguée a les mêmes envies d’écroulement interminable, de précipitation infinie toujours vers le bas de l’oubli. Des mains et toujours des mains qui passent sur la boiserie, passent sur moi, des mains sales, des mains parfumées, des mains humides, des mains rugueuses, des mains amorphes, tes mains, tes mains, ta peau, tes doigts qui s’approchent, qui se risquent à écraser le millimètre cube d’air comprimé qui sépare nos peaux, la décharge et tes doigts qui s’enfoncent profondément dans mon être, le frisson, la jouissance, le vertige, la bêtise et mon être élastique qui rebondit et expulse tes doigts, les perd, les pleure ; le regret, l’amertume et encore l’amertume, et un enième café noir sans sucre.
Noir comme mon être en deuil.
Je tue le mal par le mal.
Je quitte la banquette, la boiserie, les alcooliques, la poussière et un goût salé au fond du dernier verre de café.
W. est une putain qui se paie cher.
Je te demande pardon.

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commentaires
  1. eldjoudhi dit :

    Merci 🙂
    Je le répète encore « j’ai renoncé a la poésie un jour qu’en essayant de m’installer a Paris en 1993 , j’avais découvert le dictionnaire des rimes » ..j’y ai renoncé quoi qu’en m’arrêtant quelques minutes quelque part ..je ne dédaigne pas de la voir roder la.

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