V

Publié: 11/08/2011 dans Abecedarium

Norah,
J’ai fait le ménage. Je ne sais pas quel jour on était, je ne me pose plus de questions.
Quand ton manque se fait impertinent, je sors engueuler les gens.
Les gens qui disent que la vie est belle, qu’elle vaut la peine, et qui n’osent pas. Les gens qui aiment en cachette, qui regardent par-dessus leurs épaules, et qui n’osent pas. Les gens qui attendent qu’elle passe, qu’il tende la main, qu’elle soit seule, qu’il consume sa cigarette, et qui n’osent pas.
Les gens qui n’osent pas.
Je sors engueuler les gens et je me retrouve en plein va-et-vient conflictuel entre moi-même et moi dans les gens. Et U. qui m’agrippe par le bras, qui m’amène je ne sais où, qui me fait m’assoir sur un banc, qui me parle de choses et d’autres qui vont mal dans ma vie, qui me demande de « bon sang de bon dieu ouvre les yeux et reprends-toi en mains », et moi qui ferme les yeux qui me bouche les oreilles qui sais que ce n’est qu’un avant-propos qu’il viendra à toi qui n’aime pas qu’on vienne à toi qu’on parle de toi qu’on te conjugue au passé, moi qui ai mal chaque fois qu’on prononce ton prénom qu’on plaide ta cause encore plus la mienne, moi qui ne sais pas le comment le pourquoi qui ne sais plus quand et où qui ne veux plus rien savoir du tout et qui aimerais simplement te dire reviens.
Et U. qui, enfin, s’en va, laissant derrière lui les loques d’un semblant de la moitié d’un homme dont l’ombre le nargue l’exècre s’en détache et va te rejoindre.
Reviens.
Je rentre chez moi, l’averse décrasse mon aversion, je ne crois pas que je serai capable de ressortir un jour. R. voudra peut être prendre le vélo, il ne me servira à rien lui aussi.
Je ferme la porte, les fenêtres, les stores, allume la chambre, la cuisine, la sale de bain, la télé, actionne le ventilateur, déplace le lit et le bureau contre le mur, ménage un espace au milieu de la pièce où j’étale tous tes dessins par terre, ma pyromanie refait surface, le téléphone sonne, je décroche, S. qui déconne à l’autre bout du fil, Gypsy pleurant à côté, je raccroche, prends un bain, ouvre les stores, les fenêtres, éteins la lumière, la télé, débranche le ventilateur, m’allonge sur le lit.
Un courant d’air s’amuse à faire voleter tes dessins un peu partout, et leurs chuchotements gémissants en cette nuit d’été, lourde et silencieuse, s’éparpillent puis s’amassent et s’imposent progressivement dans l’autre côté du lit.
Ma main se tend et je la retiens à temps.
Mes paupières somnolent.
Je m’endors, les pensées en liesse, le cœur haletant, le membre dressé et le sourire aux lèvres.
Je n’ai plus peur du creux dans l’autre côté du lit.

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