III

Publié: 07/08/2011 dans Abecedarium

Norah,
Tu me manques.
Je ne sais pas comment, mais tu me manques.
Remarque, je m’y habitue. Je refais ma vie par-dessus ce que je n’ai pu défaire.
M’en défaire.
Dehors, je ne sais pas quel temps il fait. Et je m’en fous un peu, je ne vais pas te parler du temps, on n’est pas encore tombé si bas.
Et puis, cela fait quatre jours que je ne suis pas sorti. Que je n’ai quitté mon lit que pour les besoins extrêmes. Que je fixe le ciel à travers le plafond où tu as accroché des guirlandes en papier mâché.
C’est te dire combien je refais ma vie.
J’ai terminé La Nausée. Ta petite note, sur la dernière page : « Et maintenant, tu aimes ? » . Tu as toujours eu la fâcheuse tendance de vouloir réconcilier les personnes qu’il ne fallait pas. Sartre, je l’aimais déjà. Notre train de vie aussi.
Mon petit séjour à l’hôpital a fait que je le termine. O. m’a dit qu’il t’en a informé.
Je ne sais s’il t’a parlé de Q. Une fille pas très catholique, prostituée de son statut, et qui a pris mon âme en charge quand tu sais quoi.
Elle est morte ce matin. Ou ce soir. Ou cette nuit, je ne sais plus. Overdose de Nimbutal. Je lui suis reconnaissant.
Je regarde une émission fitness et me dis que j’ai toujours voulu que tu sois un peu plus ronde. Ces dames dont l’ossature est à fleur de peau me font marrer. Un chien les repérerait aussi aisément qu’un… os.
En parlant de chien, madame P. m’a appelé : son chat a disparu. Ça me fait penser à Misère. « Misère, c’était le nom de ma chienne qui n’avait que trois pattes. »
Et je sens le printemps, à plein poumons, le printemps qui s’infiltre par-dessous la porte, qui me fait éternuer, qui fait faire aux jeunes gens et aux moins jeunes des choses coquines dans les coins sombres de l’escalier.
Des gens comme R., un petit gars qui ne sait pas ce qu’il veut de la vie mais qui aimerait offrir un cadeau à sa petite fiancée.
Tu m’excuseras, je lui ai filé tes ballerines blanches. Il en est parti sur un petit nuage. Il priera pour toi, c’est un bon garçon.
Un petit nuage…
Demain, S. vient tronquer son vélo contre Gypsy, elle ne me sert à rien de toute façon. Mes doigts ne me servent à rien, je n’en joue qu’une seule chanson et c’est bête, ta voix n’est pas là pour m’accompagner, alors voilà.
Je ne sais pas si je dois faire le ménage. Je ne sais pas quel jour on est. Je ne sais pas si faire le ménage en un jour particulier de la semaine est contraire à mon anticonformisme. Je ne sais pas si, au fond, je suis peut être conservateur. Je ne sais pas pourquoi je déteste les trottoirs, et pourquoi les bords des trottoirs sont rouges, puis blancs, puis rouges, puis blancs, puis rouges…
Je ne sais pas pourquoi j’ai toujours froid la nuit, toujours peur, toujours en train de tâter le creux dans l’autre côté du lit. La panique de le ressentir à nouveau, la crise de larmes qui n’explose pas, le creux qui persiste.

Je ne sais pas pourquoi il y a un creux dans l’autre côté du lit.

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commentaires
  1. moune dit :

    bonjour Filoselle ,
    j’ai lu kelkes une de tes oeuvres et je voulais te dire ke j’aime bien ske tu fé ^^ , il y a meme des passages ke j’adOre surtt les métaphores que tu utilise ^_^
    j’éspére ke tu va continuer à nous régaler ac tes textes et pk pa un roman bientot.

    Bonne journée.
    Au revoir

    Moune

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