J’écris, je suis

Publié: 02/09/2010 dans Ils ont dit

Hier, entre une crise de nerfs et une blague pourrie, ma petite sœur m’a dit :  « Ecrire me permet de me découvrir, d’explorer mes fonds, de pousser mes limites. Des fois, en relisant des choses que j’ai écrites auparavant, je ne me reconnais pas ;  ça a l’air tellement beau, tellement convaincant, que j’ai des doutes quant à leurs origines ! »

Ma petite sœur est une adolescente à fleur de peau, à fleur de mot et à fleur de folie ; et ce n’est qu’en pleine lutte avec cette dernière qu’on peut espérer un peu de sagesse.

Ecrire n’est pas un don. Savoir écrire, oui.
Ecrire est une action à laquelle tout un chacun peut s’adonner. Le qui, le comment, le quoi de ce qui en ressort est chose concrète, relativement palpable, on est en mesure de la juger, de la qualifier, de l’apprécier ; c’est une question de goût.
Le pourquoi, c’est une question pré-existentielle. Les raisons qui poussent à écrire, les facteurs qui y participent, l’état d’âme même qui prédisposaient à cette action préexistaient bien avant qu’elle ne prenne forme.

Ma sœur écrit pour se découvrir ; ce n’est pas une raison mais un résultat, se découvrir ne peut précéder écrire, ils sont synchrones et se découvrir n’a jamais été volontaire.
J’écris pour le plaisir, pour se défouler. Ce n’est pas une raison non plus mais tout autant un résultat. Je prends du plaisir en écrivant, et se faisant, je me libère de mes contraintes et doutes.
Untel écrit pour devenir célèbre, un autre parce qu’il a un handicap l’empêchant de s’exprimer autrement, X et Y tout simplement parce que l’un a des débordements de chagrin et l’autre de bonheur, et écrire est la seule coupe suffisamment profonde pour recevoir en son sein les excédents de leur émoi.

On se perd un peu entre le pourquoi des raisons et le pourquoi des buts, et c’est parce que l’un implique l’autre, les deux formant deux anneaux constitutionnels d’une même chaîne, s’imbriquant étroitement.
Le tout commence par le pourquoi des raisons, cette légère brise dans le subconscient qui tourbillonne et gonfle jusqu’à devenir tempête et qui décide, dans un moment de faiblesse, d’immunodépression affective de faire surface, d’émerger à fin d’exploser et soulager et libérer ; et puis tous ces facteurs qui déterminent notre manière d’écrire : nos connaissances, notre intelligence, notre dextérité, notre état d’âme, le niveau de lumière, les couleurs de la pièce, le petit déjeuner, le baiser de maman, le sourire de papa, le regard d’un inconnu, les bruits dehors… et puis vient l’action elle-même, elle prend corps, elle épouse la forme de nos pensées, nous nous glissons en elle, c’est notre allégorie, c’est notre refuge ; puis vient l’étape post-mots, la réalisation du pourquoi des buts (ou pas), quelque chose comme de la vanité, ou de la frustration, une impression d’acquisition, ou d’abandon ; et puis, peut être, l’impact de tout cela sur notre entourage, ou bien loin encore.
Le dernier maillon est relié au premier, et le pourquoi des buts se mêle, fait corps avec le pourquoi des raisons, de nouvelles perspectives pointent à l’horizon, et ainsi de suite continue le manège.

En fait, on ne sait pas vraiment pourquoi on écrit. Les chemins du subconscient ne sont pas impénétrables, il suffirait peut être de forcer les portes, mais ces dernières donnent parfois sur es impasses qui empêchent d’avoir un regard pénétrant, une idée exhaustive, et n’éclairent que certains recoins de notre lanterne.

Ma sœur écrit et se découvre de par ce qu’elle écrit, mais c’est peut être parce qu’écrire l’aide à se situer, à chercher ses repères entre les conventions sociales et la rébellion de son être, à faire la part des choses à cet âge délicat où chaque pas peut la marquer au fer rouge…
J’écris et j’en prends du plaisir, je laisse libre cours à mes pensées, mais c’est peut être parce que j’ai perdu goûts aux autres attractions de la vie, que celle-ci devient de plus en plus délavée, opprimante et frustrante, et qu’écrire est le seul  défouloir pacifique pouvant venir à bout de ma mauvaise humeur…
Untel écrit et en devient célèbre, mais c’est peut être parce qu’écrire comble son besoin de se faire remarquer, de crier à un monde indifférent qu’il existe et qu’il est capable de bien des choses, que le petit enfant qu’on disait bon à rien subsiste toujours et est revenu prouver son génie…
X et Y écrivent et leurs œuvres restent incomprises, intrigantes, trop de questions les entourent, mais c’est peut être parce qu’elles n’étaient destinées qu’à une personne en particulier, qui saura y lire son nom et déchiffrer le message qu’emprisonnent les lignes entre elles…

Mais écrire, avant tout, est une manière d’être, une expression du Moi, une schématisation du raisonnement, écrire me permet de croire encore en moi.

J’écris donc je suis.

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commentaires
  1. ikseer dit :

    J’adore ta philosophie, « J’écris donc je suis ».

  2. Püppchen dit :

    Il y a un ancien proverbe latin qui disait « tout ce que je disais était vers » , le poète se défendant en disant qu’il était né ainsi.
    Pour ma part,je ne me souviens pas de ce que fut mon premier mot,mais je me souviens de la première fois où j’ai écris.

  3. spiXell dit :

    L’écriture c’est le langage de notre âme.

  4. Moh Kafka dit :

    J’aimerais tant être d’accord avec toi et trouver cela aussi simple. Ecrire est un acte éminemment social puisqu’on écrit toujours pour quelqu’un, d’autre part sa sophistication extrême en fait un acte solitaire… Voire gratuit.

    Voilà deux citations auxquels je ne pourrais rien ajouter:
    « Comment peut-on continuer à écrire des romans quand des enfants meurent de faim »
    J.P. Sarte
    « Tout m’ennuie à part la littérature. Même parler de littérature m’ennuie »
    F. Kafka

    Ps: peut-être que ces deux auteurs sont mal choisis. L’un a mis fin à sa carrière littéraire pour se consacrer à la philosophie; l’autre a rarement achevé une oeuvre et demandait à ce qu’on détruise tous ses textes après sa mort. Ce ne sont peut-être pas les plus fervents défenseurs de la « littérature » 🙂

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